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Le regard que nous portons sur le monde du voyage est propre et personnel.
Que vous en soyez amoureux et/ou un professionnel passionné, votre parcours façonne ce regard.
Avec le portrait d’Élise Reynard, nous suivons le parcours d’une ancienne agent de voyage devenue formatrice de travel planners.
Belle lecture !

Portrait d’entrepreneure 🔎

Faisons connaissance avec Élise

☀️ Peux-tu te présenter et nous parler de ton métier actuel en quelques mots ?
Je suis Élise Reynard, formatrice et mentor business depuis maintenant 6 ans.
Je suis entrepreneure depuis 2019, principalement dans le tourisme, et j’accompagne aussi des entrepreneurs avancés à clarifier, simplifier leur business pour en faire une activité pérenne et rentable.

☀️ Comment est née ton envie de former les futurs pros du voyage ? Quel a été le déclic, le moment où tu t’es dit : « Tiens, si je partageais mon savoir ?
La crise du Covid a agi comme un déclencheur : forte de dix ans d’expérience en agence, j’ai vu l’intérêt grandissant pour le métier de travel planner, mais aussi une dangereuse sous-estimation de sa complexité. Mon objectif est alors devenu clair : professionnaliser ce secteur. J’ai choisi de synthétiser toute mon expertise pour créer une formation exigeante, loin du cliché des simples photos Instagram. Pour moi, ce métier requiert une solide culture générale et de vraies compétences stratégiques. En septembre 2020, j’ai donc lancé mon cursus pour offrir un cadre rigoureux à ceux qui souhaitent entreprendre durablement dans le tourisme.

☀️ Y a-t-il une personne, un voyage, une expérience en particulier qui a vraiment façonné ta vision du tourisme ?
Bien que je déplore le manque de modèles féminins dans le tourisme, mon inspiration puise sa source dans mes souvenirs d’enfance. À 11 ans, un réveillon en Égypte sous une tente bédouine a éveillé mon amour du voyage, transmis par des parents qui privilégiaient toujours des expériences authentiques et sur mesure. Ma vision entrepreneuriale, elle, s’est forgée en réaction à mes années passées dans de grands groupes. Contrainte par un manque de liberté commerciale et créative derrière mon bureau, j’ai ressenti le besoin vital de m’affranchir de ces structures rigides. Ce désir de piloter mes propres actions et de concevoir le voyage selon mes propres règles a été le véritable moteur de mon émancipation en tant qu’entrepreneuse.

D’agent de voyage à formatrice

☀️ Si tu devais résumer ton parcours dans le monde du voyage en trois mots clés, quels seraient-ils et pourquoi ?
D’abord la déception : j’ai vite réalisé que le salariat classique offrait peu de méritocratie et une marge de manœuvre limitée. Ensuite, la créativité : je suis convaincue que notre secteur doit se réinventer et dépasser les clichés des plages de sable blanc pour proposer une communication plus inspirante. Enfin, mon parcours lui-même, symbole de renouveau. J’ai réussi à réinventer ma manière d’exercer ce métier en m’affranchissant des codes établis. Malgré les défis, savoir que je peux faire évoluer mon domaine d’activité et y apporter ma propre vision est une réelle source de satisfaction.

☀️ Qu’est-ce qui te passionne le plus dans le fait de transmettre tes connaissances ?
Ce qui me passionne le plus, c’est de montrer l’envers du décor, d’expliquer comment fonctionne le voyage et l’entrepreneuriat, domaine qui me passionne également. Ce qui m’anime aussi énormément, c’est de constater comment est utilisé le savoir que je transmets, la manière dont mes apprenants transforment ces savoirs dans leurs entreprises, dans leur communication et dans leur façon de travailler avec leurs propres clients. Ça, vraiment, c’est la plus belle des récompenses lorsque l’on est formateur : la transformation du savoir transmis dans d’autres mains.

☀️ Quels sont, selon toi, les plus grands défis auxquels sont confrontés les entrepreneurs qui se lancent en tant que travel planners aujourd’hui ?
Pour moi, le défi majeur réside dans la méconnaissance du métier de travel planner. En tant que marché émergent, il exige un immense effort pédagogique pour expliquer notre valeur ajoutée au grand public. Ce manque de maturité du secteur rend aussi l’accès aux données chiffrées (revenus, effectifs) difficile pour les nouveaux arrivants, bien que mon réseau me permette d’en disposer. Enfin, je dois faire face aux levées de boucliers de certains acteurs traditionnels. Je trouve ces résistances dommageables, car elles freinent l’évolution du service client. Heureusement, de nombreux professionnels classiques souhaitent désormais collaborer et avancer main dans la main avec nous. Mon choix est fait : je me concentre sur ces partenariats constructifs, en laissant de côté ceux qui refusent d’évoluer.

Le métier de travel planner

☀️ Y a-t-il des aspects du métier sur lesquels tu mets en garde tes apprenants ?
Dans ma formation, je mets un point d’honneur à sensibiliser mes apprenants sur deux piliers essentiels. D’abord, la communication juste : il est impératif de maîtriser la législation pour expliquer clairement aux clients les limites de notre métier. Savoir dire ce que l’on fait, et surtout ce que l’on ne fait pas, est la base de la crédibilité. Ensuite, je les mets en garde contre les fausses promesses de succès immédiat. Les recettes miracles pour gagner 3 000 € en un mois n’existent pas. Être travel planner, c’est être un entrepreneur stratégique capable d’analyser son business. Cela exige du travail, de la rigueur et, surtout, une grande dose de patience : la réussite ne tombe pas du ciel.

☀️ Comment gères tu en tant que formatrice les évolutions rapides du secteur du tourisme ?
Contrairement aux idées reçues, je trouve que le secteur du tourisme évolue plutôt lentement. En tant que formatrice certifiée, j’ai l’obligation de maintenir une veille constante. Pour garder le pouls du marché, je reste en contact permanent avec un écosystème varié : travel planners, avocats spécialisés, assureurs et prestataires de terrain. Cette immersion me permet d’adapter continuellement mes contenus ; j’en suis d’ailleurs à la quatrième version de ma formation. Ma structure à taille humaine est une force : elle m’offre la réactivité nécessaire pour supprimer les sujets obsolètes, comme les protocoles Covid, et intégrer instantanément les nouvelles réalités du marché pour garantir une expertise toujours actualisée.

☀️ Quel a été ton plus grand moment de doute dans ton parcours professionnel ? Comment l’as-tu surmonté ?
Mon plus grand moment de doute a été la création de ma formation en pleine crise du Covid. Beaucoup jugeaient ce projet insensé, et j’ai moi-même hésité face à l’incertitude du secteur. Pour surmonter mes craintes, je me suis ancrée dans la réalité du terrain : j’ai mené des dizaines d’appels pour m’assurer que mon offre répondait à un besoin concret. Aujourd’hui encore, la communication avec mon audience reste ma boussole pour créer des outils utiles. Le plus difficile a été de fermer mes écoutilles face aux conseils extérieurs parfois mal avisés. En choisissant de faire confiance à ma propre analyse du marché plutôt qu’aux théories des coachs business, j’ai pris un risque que je ne regrette absolument pas aujourd’hui.

☀️ Si tu pouvais donner un seul conseil à quelqu’un qui hésite à se lancer en tant que travel planner, quel serait-il ?
Je crois que le seul conseil que je donnerais, c’est d’y réfléchir posément, de ne pas se précipiter, de ne pas céder aux stratégies marketing de l’urgence que l’on peut voir partout. Ce n’est pas urgent de se lancer. Le métier est émergent. Y’a pas de raison de passer à l’action tout de suite, de se lancer en 3 minutes et demie. Prendre le temps de réfléchir, de comprendre exactement ce qu’implique de devenir entrepreneur, ce que cela va changer dans le quotidien. Est-ce que l’on est prêt à faire certains sacrifices qui sont peut-être financiers ? Qui sont peut-être en termes d’horaires ? En termes de style de vie ? De bien y réfléchir et de peser le pour et le contre avant de se lancer un peu tête baissée.

Être formatrice dans le secteur du tourisme

☀️ Quelle est ta plus grande fierté en tant que formatrice ?
Ma plus grande réussite est de voir mes apprenants transformer leur formation en résultats concrets ; leur succès est le meilleur gage de ma qualité pédagogique. Sur un plan plus personnel, je tire une immense fierté de ma posture de mentor, aujourd’hui reconnue dans le tourisme et l’entrepreneuriat. C’est une revanche symbolique sur un passé de salariée qui m’avait brisée et fait douter de mes capacités. En pilotant une entreprise solide depuis six ans, j’ai prouvé que je pouvais diriger et inspirer. Passer de ce manque de confiance à ce rôle de guide, tout en voyant mes élèves s’épanouir, constitue l’aboutissement le plus gratifiant de mon parcours.

☀️ Qu’est-ce qui te donne le plus de satisfaction dans le fait de voir tes apprenants évoluer et se lancer ?
Ce qui me donne le plus de satisfaction, c’est de voir que nous faisons bouger les lignes avec mes apprenants. Certains acteurs développent de précieuses synergies en collaborant main dans la main avec des agences, des créateurs de contenu de qualité ou directement entre travel planners. Et surtout voir qu’ils ont des clients. C’est ma plus grande satisfaction. Je reprends ce que je disais plus haut également : la manière dont ils s’approprient le savoir transmis et la manière dont ils le transposent dans leurs activités. Ça, c’est l’une des plus grandes satisfactions lorsque l’on est formateur.

☀️ Y a-t-il une victoire personnelle dans ton parcours que tu aimerais partager et qui t’a particulièrement marquée ?
Ma plus belle rencontre reste celle avec Georges Azouze, ancien CEO de Costa France, lors du salon IFTM en septembre 2024. Ayant longtemps vendu ses produits en agence, j’admirais déjà son parcours et son éthique, mais cet échange a été une véritable révélation. J’ai été profondément marquée d’être traitée d’égal à égal par ce grand monsieur du secteur. Pendant quinze minutes, nous avons discuté de la place des femmes dans le tourisme avec une sincérité désarmante. Sans jamais me sentir « toute petite », j’ai découvert un homme d’une grande sagesse qui a réellement écouté ma vision. Pour moi, c’est une victoire : nous avons besoin de personnalités comme lui pour ouvrir le champ des possibles aux futures entrepreneuses.

☀️ Comment célèbres-tu le succès de tes apprenants ? Est-ce important pour toi de marquer le coup ?
Je célèbre chaque succès de mes apprenants, car dans l’entrepreneuriat, il n’existe aucune « petite » victoire. Ayant moi-même quitté un salariat rigide pour entreprendre sans mode d’emploi, je sais à quel point la solitude peut être pesante. C’est pourquoi je tiens à les féliciter personnellement, en privé ou via notre communauté, pour leur témoigner ma fierté. Ma façon de marquer ces moments va du message de soutien à mes « danses de la joie » sur Instagram, symboles d’un lâcher-prise que je n’aurais jamais pu exprimer dans le monde corporate. Bien après la formation, je continue de suivre leur évolution dans l’ombre. Pour moi, ils ne sont pas des numéros : ce sont des individus dont je connais le parcours. En restant présente à leurs côtés, je leur prouve qu’ils ont un mentor humain sur qui compter.

Le tourisme de demain

☀️ Comment imagines tu le métier de travel planner dans 5 ou 10 ans ?
Je ne sais pas où est-ce que l’on en sera dans 5 ou 10 ans. Je pense, c’est l’une des idées que j’ai depuis longtemps, qu’il y aura des plateformes de travel planner. Des grands groupes auront développé des outils afin que des travel planners travaillent pour eux ou en freelance. Cela pourrait être un nouvel axe. Je pense qu’il y aura de plus en plus de possibilités pour les travel planners de créer des ponts avec les petites ou grandes agences, que beaucoup d’indépendants du voyage solliciteront des travel planners ou créeront des partenariats avec eux. Dans 5 à 10 ans, ce sera devenu une habitude de faire appel à un travel planner comme à un wedding planner. Je pense que nous sommes sur le même type de marché et je nous le souhaite.

☀️ Quelles sont, selon toi, les grandes tendances qui vont façonner le tourisme de demain ?
Je me méfie des prédictions dictées par les intérêts commerciaux des grands opérateurs. Pour moi, la véritable tendance de fond, renforcée depuis la crise sanitaire, est le retour au facteur humain. Les voyageurs rejettent l’opacité des géants du secteur et exigent de la transparence : ils veulent connaître l’entrepreneur derrière l’achat, comprendre ses valeurs et sa manière de sélectionner ses prestations. C’est donc à nous, professionnels, de déconstruire les fausses croyances par une communication plus authentique. Parallèlement, je constate un besoin croissant de déléguer la logistique des voyages. Mon rôle est de libérer les clients, et particulièrement les femmes, d’une charge mentale organisationnelle souvent écrasante. Quant aux destinations à la mode, je préfère ne pas me prononcer, car elles restent éphémères et changeantes.

☀️ Quel rôle penses-tu que les travel planners peuvent jouer dans le tourisme de demain ?
Pour moi, les travel planners jouent un rôle crucial : ils permettent aux clients de savoir précisément à qui ils confient leur argent. En tant que solopreneurs, nous offrons une transparence totale sur nos valeurs et nos sélections de prestataires, souvent régis par des chartes éthiques. Je suis convaincue que notre métier apporte l’indépendance qui manque cruellement à ce secteur, aujourd’hui dominé par de grandes centrales et des groupes opaques. En agissant comme des électrons libres, nous bousculons les codes établis. C’est précisément cette nouvelle façon d’entreprendre, plus humaine et autonome, qui va faire bouger les lignes du tourisme de demain et redonner du pouvoir de choix aux voyageurs.

La réalité du terrain

☀️ Si tu avais une baguette magique pour changer une chose dans le monde du tourisme actuel, quelle serait-elle ?
Si j’avais une baguette magique, je donnerais plus de place aux femmes. Qu’elles aient accès à plus de postes à responsabilité, qu’elles deviennent des rôles modèles, qu’elles accèdent à des postes de CEO, qu’elles soient à la tête de grandes entreprises pour leurs compétences, qu’elles ne soient plus seulement catégorisées comme futures mères avec des questions en entretien d’embauche portant sur une éventuelle maternité ou la nécessité d’avoir un planning adapté à une potentielle vie scolaire. J’aimerais que les choses changent pour les femmes dans le tourisme et qu’elles ne restent pas bloquées en bas de la pyramide.

☀️ As-tu un rêve concernant l’avenir du secteur du voyage ? Et si oui, lequel ?
Alors, je vais y aller franco. Si demain une réglementation voit le jour sur le métier, mon rêve serait d’être contactée pour participer à sa création. Aider à créer une directive, créer une loi et porter la voix des travel planners. Déjà active sur les réseaux sociaux, je suis désormais prête à passer à l’échelle supérieure pour porter la voix des travel planners dans l’élaboration de leurs futures réglementations. J’aimerais être un rôle modèle chez les femmes entrepreneures dans le tourisme. Qu’on me contacte pour mes compétences et que je puisse servir à créer une réglementation en réflexion collégiale avec d’autres acteurs du tourisme. Je souhaite y prendre part.

☀️ Pour finir sur une note inspirante, quel message aimerais-tu laisser aux travel planners et à toutes celles et ceux qui liront ce portrait ?
À tous ceux qui liront ces lignes, mon conseil est simple : écoutez-vous. Quand on se lance, l’entourage projette souvent ses propres peurs et incompréhensions, mais il est vital de s’en détacher. Si j’avais suivi tous les avis reçus, je serais encore prisonnière d’un CDI qui me rendait malheureuse, bloquée au SMIC. L’entrepreneuriat est accessible à tous et ne nécessite pas de vouloir sauver le monde ou de créer une structure géante dès le départ. Aujourd’hui, je m’affranchis du regard des autres, quitte à paraître décalée avec mes « danses de la joie » sur Instagram. L’essentiel est que cela me fait vibrer et que mes clients s’y reconnaissent. Faites-vous confiance, faites le tri dans les conseils et, surtout, restez fidèles à votre propre intuition.

☀️ Petit bonus : si tu devais choisir un morceau de musique pour une danse de la joie après ce portrait, quel serait-il ?
« Happy » de Pharrell Williams.
Après des années où le tourisme m’a fait douter, aujourd’hui je suis happy d’y bosser !

Crédits photo ©PMS FILMS

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